Pas le bon passeport? Pas de place d’apprentissage! Chronique d’une politique migratoire à contre-emploi

La politique migratoire suisse est dictée par l’UDC, qui, il faut le lui accorder, manie fort bien l’amalgame étrangers = dangereux criminels = voleurs d’emplois= profiteurs des assurances sociales, etc. Et qui est aussi fort habile pour taire le fait que les migrant-e-s cotisent plus aux assurances sociales qu’ils n’en bénéficient, ou que les responsable de la sous-enchère salariale ne sont pas les salariés , mais les patrons tricheurs (lesquels d’ailleurs souvent membres de l’UDC). Voici une anecdote qui démontre non seulement à quel point cette politique migratoire , obtenue à coup de campagnes xénophobes, a des effets contraires à ceux vantés lors des campagnes de votation, mais surtout que cela est probablement voulu.

La Berner Zeitung du 2 août narre l’histoire d’une jeune requérante d’asile libanaise âgée de 16 ans (permis N), qui, comme la plupart des jeunes de son âge, chercher une place de formation. Après un stage qui s’est fort bien déroulé, son employeur lui propose de la garder comme apprentie. Mais c’est malheureusement impossible, car l’employeur, en vertu de l’ordonnance limitant le nombre des étrangers (OLE), doit donner la priorité à un-e suisse-sse, un-e étranger-ère détenant un permis d’établissement ou à un-e ressortissant-e de l’Union Européenne. Cette jeune fille, qui avait une perspective d’avenir, la voit s’écrouler comme un château de cartes à cause d’une réglementation que son ex-futur employeur juge lui-même «absurde». Pour ne plus être victime de cette discrimination et avoir le droit de travailler, elle devra attendre dix ans, le temps d’obtenir un permis de séjour. A l’âge qu’elle aura à ce moment, vu qu’elle n’aura pas pu bénéficier d’une formation, elle ne pourra compter que sur des emplois précaires, si d’aventure elle trouve un emploi. Elle devra donc probablement compter sur l’assurance-chômage ou l’aide sociale, et l’UDC aura beau jeu de la classer dans la catégorie des «profiteurs». Mais entre temps, elle rejoindra les rangs des jeunes sans place de formation devant suivre des programmes pour jeunes chômeurs très coûteux et qui risquent fort de tomber au crochet de l’assistance publique, de n’avoir rien d’autre à faire de leur journée que de «traîner» et d’être menacés de sombrer dans la dépendance, voire la délinquance. Bref, de correspondre en tous points au cliché véhiculé par le parti de Christoph Blocher du réfugié «profiteur-chômeur-délinquant».
Une telle politique ne peut pas être autre chose que sciemment planifiée. Grâce aux règles idiotes qu’elle a su imposer aux autres partis bourgeois, l’UDC crée les conditions qui lui garantissent encore longtemps son fonds de commerce électoral. Voilà qui lui permet de taire ses propositions sur les assurances sociales (augmenter l’âge de la retraite), la fiscalité (baisser les impôts des plus riches) ou le service public (libéraliser, privatiser), propositions qui lui devraient lui valoir quelques revers électoraux.

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