Les postulations anonymes contre le discrimination à l’embauche

Les jeunes migrants sont particulièrement touchés par les tensions qui persistent sur le marché des places d’apprentissage. Le Programme national de recherche sur l’enfance et la jeunesse (PNR 52 sur le même sujet) a récemment mis en évidence le fait que les inégalités les frappent de plein fouet. Face à l’embarras du choix, nombreuses sont les entreprises, notamment les PME, à céder aux fantasmes selon lesquels les jeunes issus de l’immigration «poseraient problème». D’où leur réaction souvent expéditive: elles n’entrent tout simplement pas en matière sur les postulations des jeunes qui ont la «mauvaise» nationalité ou le «mauvais» nom de famille. Deux études ont révélé que l’arbitraire règne en maître et que les entreprises qui se plient à ces préjugés agissent souvent contre leur propre intérêt.

La première étude émane de l’université de Neuchâtel (Fibbi/ Kaya/ Piguet 2003). Ses auteurs ont envoyé des postulations fictives, identiques en tous points sauf en ce qui concerne le nom de famille. Le résultat est accablant: les noms provenant des Balkans n’avaient presque aucune chance d’être retenus pour une place d’apprentissage, la plupart ne recevant même pas d’accusé de réception. Les noms à consonance italienne ou espagnole avaient un peu plus de succès, sans toutefois déboucher sur un entretien d’embauche aussi souvent que les patronymes typiquement helvétiques. La seconde étude (Imdorf, 2006), faite dans le cadre du Programme national de recherche sur l’intégration et l’exclusion (PNR 51), a démontré que nombre de PME se basent sur des critères peu pertinents pour choisir leur futurs apprentis, tels que le sexe, la langue maternelle ou la nationalité. Sont au contraire négligés d’autres critères qui, comme les stages effectués, les résultats scolaires ou les activités associatives, permettraient de se faire une idée plus réaliste de l’aptitude à apprendre un métier.

La solution: les postulations anonymes
Dans ces conditions, une solution gagne du terrain: les postulations anonymisées. En masquant les informations «sensibles», mais qui n’ont rien à voir avec le poste au concours, on donne au postulant au moins la chance de défendre sa candidature lors d’un entretien. Une expérience-pilote a été menée l’an passé à Genève: Les Services industriels de la ville, l’administration communale de Vernier et la Migros ont anonymisé les postulations. Le travail était énorme et pas toujours faisable, certaines caractéristiques ne se laissant pas facilement masquer, à l’exemple d’une lettre de motivation narrant une arrivée en Suisse ou rédigée au féminin. Mais plusieurs personnes ont pu obtenir un poste malgré un profil atypique, handicapant de prime abord. Malgré ces résultats encourageants, l’expérience n’a pas été reconduite, car la surcharge administrative semblait disproportionnée.
Mais les postulations anonymes n’ont pas dit leur dernier mot. Ainsi, la Société suisse des employés de commerce a lancé un projet pilote à Zurich, en collaboration avec une association patronale cantonale et l’Office cantonal de la formation professionnelle. Les futurs apprentis peuvent remplir leur dossier de postulation sur la plate-forme Internet www.smartselection.ch / www.weareready.ch, sur laquelle n’apparait au premier contact aucune information susceptible d’entraîner une discrimination, comme le nom de famille, la langue maternelle, le sexe ou la nationalité. Si le profil d’un candidat intéresse une entreprise, un contact direct peut alors avoir lieu. Cela ne garantit certes pas l’absence de toute discrimination, mais le risque diminue nettement dès qu’un jeune a la possibilité de défendre ses chances lors d’un entretien d’embauche. Les charges administratives sont réduites au minimum : ce ne sont pas les entreprises qui doivent anonymiser les profils, mais les candidats qui le font eux-même à l’aide d’un outil facile à utiliser.

Le succès grâce au tripartisme
Ce projet démarre sous une bonne étoile. Proposé par un syndicat et soutenu par les autorités et les patrons, Tripartite démarre dans la métropole économique de la Suisse et concerne la formation professionnelle la plus fréquente: l’apprentissage de commerce, filière choisie par un apprenti sur cinq. Si le système fonctionne à Zurich, il devrait inspirer des imitations. Et faire oublier le premier échec en terre genevoise.

Article paru le 10 juillet sur domainepublic.ch sous le titre «l’anonymat pour l’emploi»

6 réflexions au sujet de « Les postulations anonymes contre le discrimination à l’embauche »

  1. Du moment qu’il y a libre marche et donc libre choix, on ne peut parler de discrimination. Heureusement, les entreprises sont encore libre de choisir leurs apprentis / employes dans ce pays.

    Si certains jeunes de certaines nationalites se sentent « discrimines », qu’ils reagissent et combattent alors les prejuges et les moutons noirs dans leurs rangs. Ce qui est rarement le cas. Les abus, les delits causes par certaines personnes sont malheureusement trop souvent encore minimises, en pretextant une situation sociale plus precaire, etc. Les syndicats ne sont pas exempts de tous reproches, a ce niveau-la…

  2. Fort heureusement, le marché n’est pas totalement libre et certaines règles de vie en société lui imposent des limites (même si je regrette qu’il n’y en ait pas plus). L’interdiction de la discrimination en fait partie. S’il est vrai que l’on peut difficilement forcer quelqu’un à engager une personne qui ne lui convient pas, même si c’est pour de mauvaises raisons, par exemple un préjugé xénophobe, on peut fair en sorte que ces préjugés perdent de leur vigueur, si on démontre que la qualité d’un employé n’a rien à voir avec son nom de famille, son origine, sa nationalité ou son sexe.

  3. j’ai une cousine qui travallier à bernex chez un employer qui acceille des chanpignon. le patron fais travallier les femmes jours comme de nuit sans presque de congé. il lui perme des fois quelque heures par jour. j’ai besoin de savoir quoi faire pour lui venier en n’aide.

  4. Bonjour,

    J’ai fini des études d’ingénieur chimiste mais je n’ai jamais trouvé d’emploi. J’ai cherché en vain d’en trouver les raisons mais c’est impossible. Je suis pourtant Suisse et n’ai pas d’antécédant. Qui peut me dire ce qui se passe réellement?

  5. Une autre étude sérieuse à montré que le prénom compte tout autant que le nom de famille. Voir beaucoup plus. « Raoul » est-ce ton prénom ? C’est pas impossible que ça soit la cause de tes problèmes pour trouver un job. Désolé de le dire mais les patrons sont des êtres souvent très cons (le pouvoir rend l’homme mauvais), donc essaye de changer « officiellement » de nom (tout en gardant pour toi et tes proches ton prénom d’origine), en pretextant qu’il est impossible pour toi de trouver un job dans ton propre pays à cause de ton prénom. Normalement si la demande est bien justifié, tu as le droit de changer de nom de famille ou de prénom. Il y a une loi à cet effet.
    Bon courage. a+

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