Initiative pour deux jours fériés supplémentaires: La coop de Lutry et la propagande politique (épisode II)

Lors des élections cantonales, la coop de Lutry avait posté un securitas devant l’entrée du centre commercial. Histoire de décourager toute tentative d’exercer ses droits démocratiques à coup de menaces d’appeler la police (voir mon billet du 17 février dernier). Mais n’allez pas penser que la coop –fondée par le PS et les syndicats faut-il le rappeler– refuse tout débat politique. Loin de là. La coop ne tolère en fait que la propagande politique qui l’arrange. Ainsi, dans le parking de ladite coop trônent des affiches opposées à l’initiative des syndicats et du PS vaudois pour deux jours fériées payés supplémentaires. L’affiche prétend qu’il faut rejeter l’initiative, car elle rendrait impossible de faire ses courses le lundi de Pentecôte ou le 2 janvier. En prêchant de la sorte pour sa paroisse (et pour son bénéfice), la coop se garde bien de signaler que les ouvertures dominicales et lors des jours fériés se font sur le dos du personnel, obligé de sacrifier un jour de congé important, souvent sans compensation salariale et détruit des emplois. En effet, les ouvertures dominicales conduisent toujours et contrairement à ce que l’on pourrait penser à des pertes d’emplois dans le commerce de détail, car elles entraînent la suppression de commerces des villages et des quartiers, au profit des grandes surfaces. Lesquelles emploient moins de personnel à surface de vente égale. Cette évolution a été vérifiée en Suisse comme à l’étranger à chaque fois que les ouvertures dominicales et lors des jours fériés ont été libéralisées. La coop tait aussi le fait que les vaudoises et les vaudois sont les moins bien lotis de toute la Suisse en matière de jours fériés. Le droit du travail autorise les cantons à instaurer jusqu’à 8 jours fériés en plus du premier août, mais le canton de Vaud n’en autorise que 6, contre 8 dans la plupart des autres cantons (sauf Neuchâtel). Pourtant, il n’y a pas de raison pour que les vaudois doivent bosser un jour de plus que les autres!
Il vaut donc mieux oublier les tentatives maladroites de la coop pour saborder ou manipuler le débat public et voter oui à deux jours fériés payés supplémentaires.

9 réflexions au sujet de « Initiative pour deux jours fériés supplémentaires: La coop de Lutry et la propagande politique (épisode II) »

  1. Personnellement, j’ai été extrêmement sensible à certains arguments avancés par la petite brochure qui accompagne nos bulletins de vote. Particulièrement par le fait que nos magasins pâtiraient d’une concurrence horrible deux jours par années par rapport à nos voisins français. Je me suis imaginé la situation:

    des hordes de bons suisses en congé se ruant alors sans vergogne sur la frontière (profitant sans doute d’ailleurs des terribles accords de Schengen et autres) et ramenant des tonnes de victuailles françaises en cas de guerre, de crises ou de victoire de la gauche (Copyright Renaud), et ce, non pas une fois par an mais bel et bien DEUX fois…!

    Alors vous imaginez bien que j’estime que tous les salariés se doivent de trimer deux jours de plus par année pour sauver notre économie au lieu de profiter d’un repos bien mériter par tout le travail fourni le reste de l’année!

    C’est mon avis et je le partage. Meilleures salutations!

  2. le problème n’est pas de savoir s’il faut être pour ou contre l’ouverture des magasins le 2 janvier et le lundi de pentecôte. Le problème c’est qu’une fois de plus on ne laisse pas les premiers concernés de choisir eux-mêmes s’ils veulent oui ou non travailler.

    C’est ce qu’on appelle le choix du libre arbitre (la démocratie s’est le droit de choisir). Que les socialistes ont apparemment pas envie d’en entendre parler.

    D.J

  3. Cher DJ,

    Il y a en effet deux façon de voir le problème. Si on part de l’idée que tous les salariés sont libres de tous leurs choix, agissent sur un marché du travail suffisamment large et offrant suffisamment de possibilités pour que chacun touve à tout moment et sans problèmes l’emploi qui lui convient aux conditions qui lui conviennent, alors là, oui, ce serait discutable d’interdire aux gens de travailler quand ils en ont envie.

    Mais je base ma position sur de toutes autres prémisses: En premier lieu, les gens qui travaillent le dimanche ou les jours fériés, même s’ils prétendent le faire de bon coeur, y sont forcés par la mauvaise situation sur le marché de l’emploi. Dans la situation actuelle de chômage toujours fort et de précarité à la hausse, il est difficile, voire impossible de refuser de travailler le dimanche ou les jours fériés si son patron le demande, ou de refuser un emploi le dimanche ou un jour férié lorsqu’on peine à nouer les deux bouts. Ensuite, le dimanche n’est pas n’importe quel jour. C’est le jour de congé commun à toute la population, jour où l’on peut avoir des contacts sociaux avec les autres, vu qu’ils ont eux aussi congé. Libéraliser petit à petit le travail dominical, c’est transformer à terme le dimanche et les autres jours fériés en jour de travail comme un autre, provoquer la perte des inddemnités pour le travail dominical (quand elles exisitent) et saborder ce jour de loisirs, de repos et d’activités associatives commun.

    Les ouvertures dominicales et lors des jours fériés ne sont en outre que le début d’une large vague de libéralisation (et donc de péjoration) des conditions de travail, dont certaines vagues ont pu être stoppées (p. ex. la motion du conseil des Etats qui souhaitait permettre une ouverture généralisées de commerces les dimanches et jours fériés), d’autres malheureusement pas (travail de nuit et du dimanche des apprentis, ouverture dominicales dans les gares). Je vous conseille la lecture de ce petit article de domaine public sur ce sujet: http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/9502.shtml
    L’initiative vaudoise permet de stopper cette vague de libéralisation et permet aux vaudoises et vaudois de bénéficier de plus de jours fériés payés!

    Enfin, n’ouliez pas que la libéralisation des ouvertures des magasins profite surtout aux grandes surfaces et détruit donc des emplois. A trop permettre aux gens de travailler n’importe quand, on finit par les empêcher carrément de travailler. Notez bien que l’initiative ne vise pas à interdire l’ouverture des petits commerces des quartiers et villages…

  4. Bonjour,

    Suite à la 3ème défaite de la gauche aux élections présidentielles nous nous posons un certain nombre de questions :

    Quel avenir pour la gauche ? Pour le PS, pour l’extrême gauche ?

    Comment doit-on rénover la gauche ?
    Par la social-démocratie ou au contraire par un positionnement clairement à gauche ?
    Quels sont les travers de la gauche ? Comment les améliorer ?
    Que doit on conserver ?

    Si ces sujets vous intéressent, venez apporter votre contribution et débattre sur http://agauche.canalblog.com.

  5. @ agauche: Ce sont des questions qui faut se poser lors d’une défaite… Mais en Suisse, la gauche est toujours forte…

    Salut JC, veux tu voir les prises de positions officielles des JLV… concernant le 17 juin…ton avis nous interesse…;-)

    Bon week end

  6. N’aoubliez pas que ces jours sont payés à 175% par Coop. Contrairement à ce qui est affirmé. De plus il favorise le travail de nombreux étudiants dont les familles ne peuvent pas financer leurs études. Nous aurions pu voter OUI pour le lundi de pentecôte et non pour le 2 janvier. Bonne journée

  7. Je fais partie d’un parti autre que le socialiste, (qui parfois à de bonnes idées aussi) nous n’avons pas reçu l’autorisation de faire de la propagande devant les magasins ou centres comerciaux.

  8. @benoît. Tant mieux si au moins il n’y a pas de passe droits pour certains partis!

    Certes coop paie 175%, parce que Coop a une bonne CCT (dont Unia est signataire 😉 ). Mais rien ne l’y oblige légalement. De nombreux autres chaînes de commerce de détail (Denner, ainsi que les nouveau casseurs de prix Aldi et Lidl) n’en ont pas et n’en veulent pas. Et, dans ce cas, il n’y a pas de supplément salarial…
    C’est vrai que travailler le dimanche est bienvenu pour certains étudiants. Mais il faut d’abord se battre pour les bourses d’études (c’est ce que je fais, voir ce billet: http://www.schwaab.ch/archives/2007/02/09/des-bourses-d’etude-et-d’apprentissage-pour-l’egalite-des-chances/ ) plutôt que de dégrader les conditions de l’ensemble des salariés.

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