Une analyse électorale

Je vous avais promis une analyse électorale. La voici. Je suis loin d’être un connaisseur des chiffres ou un spécialiste des scrutins populaires. Voici néanmoins quelques réflexions personnelles sur les résultats du PS à Lavaux-Oron.

(Parenthèse: Je pars en vacances quelques jours, il n’y aura donc ni nouveau billet ni modération des commentaires jusqu’à dimanche prochain. Ce qui ne vous dispense pas d’en laisser 😉 )


De la force de la liste
Disons-le tout net, sans une liste forte, pas d’élection. Le PS gagne trois sièges, alors que nos pronostics tablaient plutôt sur deux. Il y parvient malgré un score inférieur au PRD, mais grâce à l’apparentement PS-AGT-Verts. Il y parvient aussi malgré le fait que A gauche toute! manque, comme on pouvait le prévoir, le quorum de 5%, ses voix étant perdues.
Le score du PS Lavaux-Oron, contrairement au reste du canton, est légèrement en baisse. Les suffrages perdus vont probablement aux verts (alors que, dans le reste du canton, les verts gagnent leurs suffrages aux dépens des partis bourgeois et que le PS progresse), ce qui est plutôt étonnant, vu leur profil parfois flou (beaucoup penchent en effet pour le slogan «ni à gauche ni à droite»… mais alors où ça?). En outre, notre liste au Grand Conseil fait un moins bon score que nos listes au Conseil d’Etat. A nous la prochaine fois de faire comprendre à nos électeurs que nos conseillers d’Etat ont besoin d’un fort soutien au Parlement.

De la place sur la liste
Passons à mes résultats. Ma dernière place sur la liste (tirée au sort) m’a probablement coûté au moins 50 suffrages. En effet, celles et ceux qui dépouillaient ou surveillaient le dépouillement notamment à Riex, Cully et Pully, m’ont dit que de nombreux électeurs m’ont biffé, parce qu’ils ont biffé par le bas (la majorité des électeurs cumule en haut de la liste et biffe en commençant par le bas, allez savoir pourquoi). J’ai aussi perdu des suffrages parce que des gens avaient mis plus que 12 noms sur leur liste, ce qui a contraint les scrutateurs à biffer les surnuméraires, en commençant par la fin de la liste.

Du résultat global
Sans fausse modestie, je pense que mon score est bon. Je termine avec 300 suffrages d’avance sur les députés sortants. Le résultat est donc on ne peut plus clair. Je sors en tête de tous les candidats à Riex et à Cully, premier de ma liste à Belmont, Epesses, Grandvaux, Puidoux, Rivaz, St-Saphorin et Villette, deuxième à Chexbres, Forel, Lutry et Paudex. Je suis aussi bien placé dans les communes «poids lourds» que sont Pully et Lutry et en général dans les communes du «haut» du district (ex-district d’Oron), malgré le fait que je vienne du «bas» (ex-district de Lavaux). De ma liste, je fais le meilleur résultat sur presque toutes les listes (PS, AGT, Verts, PRD, libérales et manuscrites), à l’exception des listes UDC.

Des raisons de l’élection
C’est toujours difficile d’analyser pourquoi on est élu ou pas. C’est parfois inexplicable: de nombreux excellents députés ont été battus. Mais, globalement, on constate une large volonté de renouvellement du Parlement : 50 sortantes et sortants ne sont pas réélus et de nombreux jeunes font leur entrée au grand conseil.
Quant à moi, je veux croire que mon engagement constant en faveur des jeunes et de la formation a payé. Il est vrai qu’il a été très souvent relayé dans les médias. Et sur ce blog 😉

Et après?
Mon activité de député sera commentée en détails sur ce blog. Mais avant, place au deuxième tour (le 1er avril). Sachant que biffer un des candidats de la liste d’union de la gauche et des verts, c’est faire le lit d’un des candidats bourgeois, il faut à tout prix voter compact. La majorité est gagnable (à ce sujet, lire ici l’article du vice-président du PSV). Chaque voix compte!
Quant aux élections fédérales de cet automne, ma section se réunit le 29 mars pour en discuter.

Pour consulter les résultats détaillés, voir sur le site du canton.

12 réflexions au sujet de « Une analyse électorale »

  1. « malgré le fait que A gauche toute! manque, comme on pouvait le prévoir, le quorum de 5% »

    Bien que notre échec a obtenir le quorum était en effet probable, une surprise n’était pas du tout exclue; c’est d’ailleurs aussi pour cela que nous sommes partis avec une liste indépendante (ce qui d’une manière générale fut une erreur stratégique, sur l’ensemble du canton).

    Disons qu’à 4.27% nous ne sommes pas passés très loin du quorum, et compte tenu de la composition sociologique de l’arrondissement, c’est même un score dont nous n’avons pas à rougir (nous étions plutôt habitués à du 3%)
    Maintenant, ce qui nous a coûté le quorum, c’est surtout un très mauvais score à Pully. Le referendum fiscal a-t-il dans cette commune a-t-il pu jouer contre nous ? Ca n’est pas exclu. La caisse unique a également contribué à nous affaiblir, et paradoxalement a fait ressortir PY Maillard, et donc certainement tiré les listes socialistes. Mais ne nous cherchons pas non plus d’excuses….

    Compte tenu enfin de la nouvelle organisation des districts, une inconnue supplémentaire entrait dans nos calculs.

    Maintenant il est clair que des leçons de ce mauvais score seront tirées au sein de notre groupe local. Même si nous sommes convaincus de n’avoir « pris » que peu de voix aux Verts et au PS (soit qu’il s’agit d’un électorat qui ne vote en général pas, soit qu’il refuse tout vote PS ou vert), je pense à titre personnel qu’à l’avenir il faudra y réfléchir à deux fois avant de risquer une perte de voix de gauche.

  2. Le fait de disposer d’un indéniable capital social est également cher Jean-Christophe un des éléments expliquant ton élection.
    Ceci sans remettre en cause les autres qualités que tu énumères.
    Ce commentaire me permet également de te féliciter pour ton élection.

  3. Mouais. Tout cela fait penser à un petit décompte des voix du genre petit-bourgeois. Les masses n’ont pas voté pour vous, c’est tout ce qui compte.

  4. Cher Jean-Christophe,

    premièrement bravo pour ton élection. Sur les raisons de ton bon score, je soulignerai, à titre d’observateur, que tu as su (que tu sais) bien occuper le terrain médiatique. Mais cela ne peut suffir, car il faut que cela s’accompagne d’une réputation dans la gestion des dossiers concrêt, notemment sur les plans communaux et professionels. Le fait que tu réalises des « cartons » à Riex et Cully montre que tu as une base éléctorale solide basée sur quelque chose qui dépasse l’exposition médiatique.

    Bien qu’ayant donné mes voix pour une liste n’ayant pas atteint le quorum 🙂 (l’éternel débat sur le vote « utile »…), je suis content de savoir que quelqu’un de combatif représentera le district.

    Salutations et bonne route au grand conseil!

  5. @Marc et Julien. C’est vrai qu’AGT a eu raison de tenter le coup, vu son score aux fédérales (mais il y a avait Zysiadis, Huguennin et Dolivo sur les listes – des personalités comme ça, ça tire…) et son électorat avait raison de voter pour elle. C’est quand l’adversaire est un Le Pen ou un Blocher que la question du « vote utile » se pose.
    C’est d’ailleurs très dommage qu’AGT ait perdu autant de sièges et ne puisse former un groupe que de justesse, grâce à un élu sur une liste PS, car je suis persuadé qu’une extrême gauche forte est bonne pour toute la gauche! On va d’ailleurs sûrement le vérifier au deuxième tour.

  6. C’est vrai que la question de la présence médiatique est de plus en plus importante dans une élection (ou dans la vie publique en général), c’est devenu un lieu commun de le dire. La personnification de la vie politique est une réalité avec laquelle il faut composer. Corollaire: le débat d’idées en fait les frais, et c’est justement là-dessus que la gauche est forte.

    Il n’empêche que sans tomber dans une théorie complotiste (comploiste ?), je m’étonne toujours de la très faible visibilité médiatique qui est accordée à la gauche combative (j’avoue ne pas me considérer comme extremiste, raison pour laquelle je n’utilise pas le concept d’extrême gauche pour parler d’AGT) au sein de la médiasphère romande. En règle générale, AGT n’existe médiatiquement que lorsque l’information peut nous nuire, du type mise en lumière de conflits internes ou d’erreurs stratégiques… Jamais pour une analyse de fond d’une problématique politique. Tout se passe comme si on cherchait à nous cantoner à quelques idées ou actions symboliques, comme si nous n’étions pas porteur d’un réel projet de société, à la fois original et cohérent.
    Les journalistes ont leurs « spécialistes » par domaine, auxquels ils font appel pour livrer telle ou telle analyse convenue.
    Il semble que la concurrence dont on souligne partout la nécessité ne s’applique pas aux idées (ni aux interviewés!) 🙂
    (cela me rappelle un éditorial fameux de Ramonet sur la pensée unique, disponible à cette adresse: http://www.monde-diplomatique.fr/1995/01/RAMONET/1144)

  7. @Julien Sansonnens. N’exagérez pas. Zysyadis, Huguennin, Dolivo, De La Reusille, Vanek, etc. sont très souvent dans les médias, et pas que pour dire du mal… Combien de fois zysyadis a-t-il eu droit à un panégyrique dans « l’illustré »??? Et le bon boulot de Marianne Huguennin à Renens n’est de loin pas passé sous silence!

    Si la règle français s’appliquait, (temps d’antenne proportionnel au score électoral), l’extrême gauche – ou gauche combattive- suisse ne serait pas souvent dans les médias!

  8. médiaaah, je ne partage pas votre opinion. Prenons un sujet comme l’économie ou la politique économique: jamais un membre d’AGT ne sera interrogé lorsqu’une analyse est à faire. Nous avons pourtant des économistes de valeur dans nos rangs qui seraient j’en suis sûr très heureux de livrer leur vision des choses.
    Je suis un grand auditeur de forums sur la RSR: sauf en période d’élections, la gauche combative n’existe tout simplement pas. Alors qu’on se tape un Freizinger tous les soirs! Allez me parler de proportionnalité 🙂

    Quant à la règle en vigueur en France, j’avoue ne pas la connaître. Tout ce que je sais, c’est qu’en période de présidentielle, chaque candidat au premier tour dispose à la minute près du même temps d’antenne, peu importe sa puissance électorale.

  9. @Julien et médiaaah: C’est vrai que quand on parle d’extrême gauche dans les médias, il y a très souvent du « people » et peu de contenu. Sauf quand Josef dame le pion, fort habilement, je dois le reconnaître, au PS sur l’affaire d’Obwald ou quand Dolivo s’exprime sur des problèmes de droit du travail. Et c’est vrai qu’avec le nombre d’apparitions de Freysinger, on est loin de la proportionnalité!

    Ce serait pas mal que médiaaah nous donne quelques détails sur la règle française!

  10. Pardon, je rectifie mon dernier message, c’est bien à partir du 2ème tour que le temps de parole est comptabilisé en France (sauf erreur)
    Cette logique comptable s’applique aussi aux dépenses de campagne qui sont plafonnées, ce qui serait également nécessaire en Suisse !!

  11. Merci à Marc pour ces infos.

    J’étais en France ces trois derniers jours (navrant de voir les affiches « les étudiants avec Sarkozy » sur les murs de la Sorbonne) et suis tombé dans libé sur un article que je n’ai pas retrouvé en ligne, mais qui résume la situation des droits aux apparitions télévisées en période de campagne dont parlait probablement médiaah: les personnes dont on peut penser qu’ils seront candidates ont droit à un temps d’antenne qui correspond plus ou moins au derniers résultats électoraux de leur formation. Mais dès que la campagne officielle a commencé, Julien à raison, c’est l’égalité parfaite de temps de parole qui s’applique pour tout candidat qui a les 500 signatures. Même si ça n’empêche pas les TV de passer les interviews des petits candidats en fin de nuit et ceux de Sarko-Ségo-Bayrou en prime time…

    En Suisse, lors des dernières cantonales, la TSR a privilégié les partis qui n’avaient q’un seul candidat: Josef a pu débattre pendant tout le débat télévisé du premier tour, alors que PS et verts ont dû changer de débattaire en cours de route, car ils avaient deux candidat-e-s. Mais c’est vrai que pour le reste, on a beaucoup plus vu certains que d’autres et que la gauche de la gauche n’a pas été très avantagée. Une règle claire serait à mon avis souhaitable. Au moins les règles du jeu seraient claires.

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