Limiter l’accès à la formation coûte cher

Le Jura manque de médecins généralistes (entendu ce matin sur les ondes de la RSR). D’ici quelques années, il faudra peut-être soit faire des dizaines de kilomètres pour consulter, soit carrément rationner les soins. Et la pénurie pourrait s’étendre, tous les cantons subissant un manque de médecins-assistants.

En cause, les restrictions d’accès aux études universitaires décidées dans les années 90, malgré l’opposition des étudiant-e-s notamment de l’UNES (où j’étais actif). Pour faire des économies, les hautes écoles alémaniques ont introduit des numerus clausus et les universités romandes une sélection drastique. Outre le fait que cette sélection désavantage systématiquement les étudiants les moins favorisés (ainsi, des entreprises proposent des cours payants pour se préparer aux examens d’entrée), elle a moyen terme des conséquences sur la qualité de vie de toutes la population.
Les études de médecine ne sont de loin pas les seules concernées: d’autres branches où règne une sélection effrénée, notamment l’ingénierie, ont de la peine à attirer de nouveau étudiants. C’est aussi le cas de secteurs économiques qui, de plus en plus nombreux, font face à une pénurie de main d’œuvre, parce qu’ils ont négligé la formation des apprentis ou tant rogné sur leurs conditions de travail qu’ils ont perdu leur attrait. Enfin, les coupes dans les bourses d’étude et autres hausses des écolages et taxes d’études ont pour double effet et de priver les milieux modestes et la classe moyenne du droit de se former et de priver notre économie de personnes qualifiées.
Restreindre l’accès à la formation est donc irresponsable et finit toujours par coûter très cher, même si les restrictions étaient censées apporter des économies.

A propos de bourses…

La conseillère nationale Pascale Bruderer, qui s’affiche à l’aile droite du PS (elle a notamment soutenu le «manifeste du Gurten» tentative –par bonheur avortée– de tirer le PS vers le centre et le social-libéralisme à la sauce Tony Blair) propose de réformer les bourses d’études. Sa proposition (à l’ordre du jour de l’assemblée des délégué-e-s du 24 mars), qui se veut «pragmatique» (cet adjectif est surtout bien pratique pour jeter l’opprobre sur ses adversaires), veut abandonner la position originelle du PS; qui défend le droit à la formation sans restriction, et prône des bourses d’études qui ne couvrent que 70% des besoins des étudiants. Les 30% restant seraient couverts soit par le travail à côté des études, soit par l’endettement. Cette proposition est dangereuse à plus d’un titre: travailler à 30% n’est pas toujours possible, et le sera de moins en moins à cause de la réforme de Bologne. En outre, en défendant les prêts, la camarade Bruderer donne raison à économiesuisse, l’UDC et une partie du parti radical, adversaires des bourses d’études par dogmatisme néo-libéral. Les prêts ont aussi des effets collatéraux sur la politique familiale, la création d’entreprise ou l’accession à la propriété: Qui songera à fonder une famille ou monter une affaire s’il est endetté à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de francs au sortir de ses études?

Billet publié simultanément sur monelection.ch.

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