Places d’apprentissage « speranza » : de la propagande électorale… mais de la bonne !

Qui a dit que les radicaux négligeaient l’apprentissage ? Otto Ineichen, entrepreneur iconoclaste et conseiller national radical a lancé « speranza », un projet de création des places de formation, avec le soutien de la Confédération (comme quoi le libéralisme n’empêche pas de demander des subventions…). Son objectif de 2’000 nouvelles places, notamment d’apprentissage avec attestation (nouvel apprentissage en deux ans pour les élèves en difficultés scolaires) est presque atteint : près de 1800 places ont été créées.
Qu’en penser ? Si l’on ne peut que se réjouir de ces nouvelles places, il faut s’inquiéter du nombre important de places de « stages » ou de « préapprentissage » qui n’offrent guère de perspectives professionnelles aux jeunes. Et il faut surtout regretter que le parti radical ne se préoccupe des problèmes des jeunes qu’en période pré-électorale…

Il ne faut pas jeter tout ce que proposent les radicaux.
Speranza est à la base un bon projet. Créer des places de formation est nécessaire et il faut soutenir toute initiative allant dans ce sens. En outre, speranza se concentre sur les places pour jeunes en difficultés, notamment scolaires. Or, ce sont eux qui rencontrent les difficultés les plus grandes pour entrer en formation professionnelle. Tout effort en leur faveur doit donc être salué, spécialement les nouveaux apprentissages en deux ans avec attestation fédérale de formation. Cette nouvelle formation est censée offrir un encadrement individuel et garantir une passerelle vers le CFC. Mais il faudra pour cela que la formation professionnelle dispose de crédits ! (à ce sujet…).

Un stage : et après ?
En revanche, je suis beaucoup plus sceptique à l’égard des « stages » ou « préapprentissages » offerts dans le cadre de speranza. Ces formations ne sont ni reconnues, ni ne débouchent sur une réelle perspective professionnelle. Bien souvent, il ne s’agit que de patienter en attendant d’entrer réellement en formation professionnelle. Investir autanr de moyens pour créer de nouvelles formation transitoires ne me semble pas être une bonne idée. M. Ineichen ferait donc mieux de mettre son énergie au service de la création de vraies places d’apprentissage. Ce reproche s’adresse également aux nombreuses entreprises qui offrent ces stages, alors qu’elles auraient elles aussi les moyens d’offrir de vraies formations.

Vous avez dit élections ?
Enfin, speranza sent la propagande pré-électorale à plein nez. C’est d’autant plus évident que les radicaux ne se sont pas soucié le moins du monde du chômage des jeunes, certains de leurs élus allant jusqu’à prétendre à maintes reprises« qu’il n’y a pas de crise des places d’apprentissage » (par exemple Pierre Triponez, directeur de l’Union Suisse des Arts et Métiers). Speranza a d’ailleurs fait des émules au bout du Lac ; les radicaux genevois ont lancé « viens », autre site permettant de trouver des places de formation. Toutes les voix sont bonnes à prendre !

Le site de speranza (en allemand)
Le dossier de swissinfo :
Le site de « viens »
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2 réflexions au sujet de « Places d’apprentissage « speranza » : de la propagande électorale… mais de la bonne ! »

  1. Qu’en penser?. Bravo aux radicaux! Ils ont très bien fait leur travail!. 1800 plaçes, c’est bon!.
    Je trouve assez injuste de dire qu’ils font juste ça, car les élections approchent… !!

  2. Le projet speranza pose la question de la qualité des places d’apprentissage (ou de travail) en période de pénurie. Vaut-il mieux qu’il y ait des places supplémentaires à tout prix, quelle que soit leur qualité? Ou ne doit-on pas rester ferme sur la qualité de la formation et le niveau des conditions de travail, au risque de renoncer à des créations de places?

    A mon avis, on ne doit en aucun cas transiger sur la qualité de l’offre. Surtout en ce qui concerne la formation professionnelle: offrir aux jeunes des places au rabais, comme certains des stages ou préapprentissages speranza, c’est leur faire croire qu’on leur offre une qualification, mais si celle-ci ne vaut rien, ils ne seront pas moins handicapés sur le marché du travail.

    Mon raisonnement est le même concernant le chômage en général: A entendre de nombreux patrons, il faudrait baisser les salaires, déréguler ce qui ne l’est pas encore est rogner sur les conditions de travail, dans le seul et unique but de créer des emplois. Si on entre dans cette logique, on peut tout aussi bien réintroduire le servage! Ce point de vue patronal est d’autant plus absurde que le niveau de protection des salarié-e-s n’a rien à voir avec le taux de chômage… Il y a en effet des pays à bas taux de chômage, mais à forte protection des salariés (p. ex les pays scandinaves ou l’Autriche).

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